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L'irrésistible appel

 

De l'aventure...

 

 

 

Les récits relatifs aux belles légendes se racontent souvent à l'heure où le jour se meurt et la lune renaît de ses cendres...

 

 

                                  Ce fut à la fin d'un repas gargantuesque que l'idée vint au magicien Alachnÿ ! Envisager, une fois de plus, l'éventualité de démontrer ses prouesses, lui avait légèrement chatouillé les méninges. Sa pipe bourrée, allumée et coincée entre ses lèvres, un sourire naquit sur cette face joyeuse, qu'aucun être en ce monde n'aurait su faire disparaître.

Lorsqu'une idée lumineuse désirait se montrer à son esprit tordu, lui faire les honneurs devenait indispensable !

 

Dans sa grande hâte, il faillit laisser choir sur sa longue barbe blanche, laquelle gardait en son centre quelques reliefs de son festin, son calumet rejetant une volute de fumée douceâtre et légèrement parfumée. Sa voix, un brin facétieuse, résonna dans « La Taverne du cochon pendu », tel un coup de tonnerre. Tous les convives sursautèrent en chœur :

 

 

-             Mes amis de toujours...et notez bien combien je ne mets plus sur vos comptes les reliquats de vos petites bêtises, je me sens en veine de vous part d'un nouveau projet, lequel vient de se montrer sous ses habits d'apparats, devant moi ! Comme je suis un hôte réputé pour ses accueils chaleureux...

 

        

Mic Mac, le lutin voleur, tricheur, menteur...bref, porteur de toutes les tares des humains plus celles de ses congénères lutins, cracha à terre. C'était une très gentille manifestation d'un avis tout à fait personnel.

 

 

-             Heureusement, petit cafard, que ton petit fondement se trouve assez loin de mes godillots, sans quoi je t'aurais bien imprimé la marque de mes semelles ! Argh ! J'ai horreur que l'on m'interrompe ! Comment pourrait-on douter de la parole du plus grand magicien que la terre ait porté en ce monde ? Hum ? Je vois que ce silence éloquent approuve ce fait d'importance ce qui me laisse la porte grande ouverte pour vous faire part d'une idée qui vient de cheminer dans les méandres de mon esprit retords...et si nous nous offrions une nouvelle aventure ?

 

 

Et voilà...

 

Tel un fruit trop lourd qui s'écrase sur la terre ferme après être parvenu à maturation, ces paroles se perdirent dans le conduit auditif de chacun des convives se trouvant à la table du mage.

Ce grand bonhomme ; valait à lui seul, tout un poème et une présentation digne des plus grands music halls.

 

Souvent imité, jamais égalé, ce bonhomme à la crinière blanche et à la barbe légendaire, ne passait jamais inaperçu. Ses petits yeux marron, comme son coffre volumineux lui permettant d'emmagasiner l'air et de le restituer sous la forme de formidables éructations, en faisait un être exceptionnel. Cependant, même ses fabuleuses capacités n'avaient pu le sauver du châtiment suprême infligé par ses pairs. En temps qu'éminent professeur, il fut rayé de l'Ordre de la Guilde des magiciens  pour avoir mis le « souk »  dans l'établissement de légende, et sommé, manu militari de disparaître du paysage, ce qu'il fit dans une explosion grandiose en promettant que son nom finirait dans les annales papales et il n'avait pas tort !

Dans la foulée, il fut excommunié par la papauté pour avoir, lors de ses nombreux défis, osé déclamer la messe, en latin s'il vous plaît, le tout accompagné de ses plus grandioses éructations ! Heureusement pour lui, la Sainte Inquisition était depuis longtemps abolie sinon, il y eu fort à parier qu'il aurait été soumis au supplice de La question !

 

Pour parfaire sa vengeance, le magicien un poil malicieux, inventa la fameuse « Poudre à élévation dantesque » qui lui valut une incroyable renommée à travers tous les royaumes ! Inutile de préciser quel genre de poudre cet hurluberlu avait mis au point...bon nombre de monarques et princes s'arrachèrent ses services sous le manteau, et le payait en monnaie sonnante et trébuchante ! Il la tenait par le bon bout sa revanche, et ne se privait pas d'aller claironner, sous les fenêtres de la très pompeuse : « Institution des arts de la magie divinatoire » son succès « divin » en éructant de joie !

 Autour de la table où se trouvait le grand barbu ventru, il y avait :  Jack, mercenaire de son état, grand gaillard costaud aux cheveux châtains courts et ancien marine, Aliénor, l'amie du soldat, guerrière de son état. La jeune femme, blonde aux yeux verts, vêtu d'une tunique pourpre et d'un pantalon noir coincée dans une paire de bottes en cuir, portait une magnifique épée, qu'elle surnommait « Argamnock », du nom de ses anciennes terres. Venue d'un monde où la dureté de la vie n'avait rien à envier à celui de Daler, lieu de provenance des voyageurs du temps, elle poursuivait sa quête pour reprendre le pouvoir qu'on lui avait volé.

 

Princesse de sang destituée, Aliénor s'était prise d'amitié pour Jack depuis très longtemps et le suivait dans toutes ses aventures, tout comme Orlyänne, l'elfe vulcanienne aussi tempétueuse qu'un volcan, comme sa provenance l'indiquait. Cela tombait bien, c'est d'un monde perpétuellement en guerre contre une puissance démoniaque que provenait cette elfine pas tout à fait comme les autres. Avec sa peau couleur cendre, ses cheveux rouges et ses yeux d'un noir d'encre, la belle ne s'en laissait point compter. Pour se faire, la nature l'avait doté d'un incroyable don, celui de cracher de petites boules de feu, comme d'un sens olfactif hors du commun. Près des forges de Dankörr  où elle vivait, ce privilège n'était pas accordé à tout le monde, mais seulement pour les élues dont ces caractéristiques se remarquaient dès la naissance. Leurs oreilles effilées étaient bien plus importantes que la moyenne. A l'intérieur de leurs sinus ethmoïdaux*, se trouvait une glande leurs permettant de provoquer l'étincelle qui enflammerait la matière stockée dans l'arrière gorge.  Ces caractéristiques les différenciaient des autres, et ne se remarquaient que chez les femelles.

En général, ces elfines, naissaient pour la guerre, vivaient par la guerre et mourrait au champ d'honneur sans que cela ne soit considéré comme un acte d'héroïsme, mais seulement comme un devoir, un point c'est tout.

 

Non loin d'elle, Chaperon toute de rose vêtue, retirait sa serviette de table posée sur sa jupe patineuse, agrémentée de nombreux frous frous et jupons gonflés de dentelles. Téti  et Téta engoncés dans un corsé de soie, rehaussé de perles, se gonflèrent d'importance lorsqu'elle prit une grande inspiration pour s'exprimer :

 

-             Ouh...mon petit bout de magicien tout mignon, en voici une idée merveilleuse. Il y avait bien longtemps que je n'étais allée montrer mes culottes à de nouveaux compagnons de jeux !

 

Toute souriante, un gloussement vint agrémenter cette tirade fort bien déclamée. Ses longs cheveux blonds relevés en deux magnifiques couettes et constituées de longues anglaises parfaites, se secouaient au rythme de son rire coquin D'ailleurs, à bien y regarder, tout tressautait chez cette petite donzelle, de ses bouclettes d'or, à ses petits petons chaussés de satin rose. Toute souriante, de petits cris s'échappaient d'entre ses lèvres toutes les fois où ses célèbres sous-entendus étaient énoncés avec grâce.

 

-            Prince, veuillez noter la dextérité avec laquelle je cueille ce bouquet de félicitations...allez-y, je vous octroie le droit d'en rajouter quelque peu. Vos précieuses paroles trouveront bien à qui parler !

 

Tout à fait ébloui par le mage gonflé d'importance, le gentilhomme mit quelques instants avant de répondre à cette invitation ce qui irrita Alachnÿ :

 

-             Allons...l'on ne saurait attendre un magicien de mon importance !

 

Mic Mac, le lutin, crut bon de cracher à terre comme à chaque fois que le magicien prenait la parole. Prince, quant à lui, cherchait dans les méandres de son esprit un mot d'esprit, mais il avait oublié combien le sien avait émigré depuis fort longtemps dans les régions avoisinant le sud chez ses proies favorites ; les femmes. Néanmoins, et après un temps de réflexion, quelques assemblages de lettres assez réussies finirent par éclore sur ses lèvres :

 

-                Le tour et l'assemblage de vos expressions, liées par votre seule affection, ont su donner, à cette affirmation, un certain tour aux choses, reconnaissons-le ! Mon ami, vos mots sont une ode à votre gloire et je suis bien placé pour affermir ma pensée. Nous autres pauvres admirateurs, ne vous arriveront jamais à la cheville, à moins de grimper sur l'échelle de la vie, armés de beaux bagages.

 

Très satisfait d'avoir obtenu satisfaction, le mage prit une profonde inspiration, avant de s'asseoir :

 

 

-             Voilà...Prince, je vous libère de votre adoration à mon égard. Vous pouvez reprendre le cours de vos fariboles inutiles. Vos fins en soi m'ont servi à bon escient, affirma-t-il de sa grosse voix avant de porter une chopine de bière sous sa moustache.

 

 

Jack soupira, levant les yeux au ciel :

 

 

-             Bon...concrètement, ça va donner quoi ? Où tu comptes nous envoyer encore ? Questionna le mercenaire l'air méfiant.

-             Allons, mon ami, ayez confiance. Il a été porté à ma connaissance, un monde merveilleux peuplé de biens étranges créatures, mais ceci dit fort accueillantes.

 

 

Le lutin plissa son regard :

 

 

-             Ouais, ben ça m'parait pas clair tout ça. Où qui va nous emmener le bonze...hein ? Au c.. du loup ! Voilà ! Et c'est-y qu'y a qu'la moitié d'nous qui en reviendra ! Et encore ! Une main devant, une main derrière...

-              Et de beaux souvenirs entre ces deux affirmations, compléta une Chaperon Rose au comble de l'excitation. Allons mes petitous, laissons-nous tenter comme à chaque fois que notre magicien favori nous a transporté dans ses allégresses !

-             Mais c'est qu'j'tiens à mon p'tit fondement moi, pour êt'tout poli comme vous aut' et...

 

 

Prince secoua son mouchoir bordé de dentelle de Venise, et prit un air dédaigneux avant de lui couper la parole :

 

 

-             Si nous nous mettons à écouter les élucubrations de cet insecte rampant, nous n'avons pas fini.

 

-          

Aliénor tenta de ramener un peu de bon sens dans cette discussion légèrement déviante :

 

 

-             Il est vrai que présentée ainsi, cette aventure parait tentante, mais enfin...nous connaissons votre bon goût pour vos rocambolesques facéties et...

 

 

Outré, Alachnÿ se redressa furieux :

 

 

-             Comment ? Vous osez mettre ma parole en doute ? Ce serait là une bien...

-             Je sais pas vous, mais j'ai comme l'impression qu'on se dirige tout droit vers un bon gros paquet d'emmerdes ! Je vois déjà le brouillard se dessiner au loin et on va foncer d'dans la tête la première !

 

 

Une fois de plus, ce fut la petite poupée rose qui mis tout le monde d'accord :

 

 

-             Oh...cessez-donc de toujours tout peindre en noir...ne sommes point aguerris à ce genre d'aventures ? Combien en avons-nous faites ? Tant et tant de fois nos voyages nous ont transporté dans l'allégresse à tel point que nos souvenirs se rappellent bien souvent à nous lors de nos joyeux festins. Que risquons-nous au final ? Hum ? La protection de notre magicien favori, sera notre garde fou. Quoiqu'il en soit, je monte dans ma chambre préparer mes effets personnels. Ouh...je dois prévoir un nombre conséquent de dessous affriolant, qui sait ce qui serait susceptible de croiser ma route ?

 

 

Quelques sourires grivois s'affichèrent ici et là et plutôt là qu'ici, d'ailleurs, comme l'aurait dit Prince s'il n'était tout attentionné à laisser son regard plonger dans la vallée des merveilles de la jeune femme. Puis, elle se leva d'un bond et alla préparer ses valises, bientôt suivie par ses compères.

 

Ils revinrent bientôt, tous préparés à cette nouvelle aventure, vantée par le magicien comme étant vouée à la gloire et à la richesse. Chaperon avait pris soin d'emporter deux valises : une pour ses effets personnels et l'autre, comme elle l'avait promis, d'un tas de dessous plus affriolants les uns que les autres.

Mic Mac avait lui pris soin d'emporter un fourre-tout et son passe serrures magique, outil indispensable pour la profession de voleur qu'il exerçait. Nimïel, lui, emportait tout ce qui pourrait lui servir question diplomatie. Les trois guerriers de la bande, Aliénor,  Orlyänne et Jack, eux, avaient veillés à ne point oublier leurs armes et armures, au cas où ce monde n'était pas aussi accueillant qu'Alachnÿ l'avait décrit. Le mage, lui d'ailleurs, emportait  ses quelques dernières réserves de poudre à élévation dantesque, pour faire des affaires. Enfin, Prince lui emportait tout ce don un homme de son rang avait besoin pour ce genre d'aventure : de quoi se faire beau dans le cas d'une éventuelle rencontre avec une autochtone, pourquoi pas princesse d'un quelconque royaume perdu.

 

 Voyant ses compères prêts, Alachnÿ s'apprêtât à leur révéler ce qu'il savait sur ce monde nouveau :

 

 

-              Mes fidèles amis, commença-t-il, je peux à présent vous révéler ce que je sais sur ce monde. 

 

 

Il attendit pendant quelques secondes une réaction, n'importe laquelle, de la part de ses auditeurs, mais elle ne vint pas. Il se décida alors à poursuivre cet exposé à peine commencé.

 

 

-             Donc, mes amis, je vais vous révéler comment allons nous accéder à ce monde. 

 

 

Il obtint cette fois une réponse du larron de la bande, qui fut la même que la précédente, c'est à dire un glaviot sur le sol :

 

 

-             AAAArgh ! UN PEU D'EDUCATION, MISERABLE ! Tonna-t-il, avant de reprendre. Donc, ce monde, que je nommerais Alachnÿa par pure convention, ne peut être accessible que par ma magie.

   

-             Pourquoi, demanda Chaperon ?   

 

-             Car ce monde est situé dans un monde parallèle au notre, ma chère.

 

-             C'est à dire ?

 

-             C'est à dire que ce monde n'existe pas dans notre univers. Il existe dans un autre univers, qui ne peut être atteint physiquement.

 

-             Ouais, c't'encore un coup à emm......, répondit le lutin. A tous les coups, on va s'retrouver éparpillés en pleins de ptit morceaux à travers ce monde, là, Cacanÿa ou je ne sais quoi. 

 

 

 

Puis il cracha par terre.

Juste avant qu'Alachnÿ se jette sur lui pour lui arracher ce qu'il appelait « son reste de cervelle »,  Orlyänne les fixa en commençant à sourire d'une manière assez menaçante. Aliénor, sachant ce qui allait arriver, fit signe à Alachnÿ de reposer doucement le lutin. L'elfine commença par sourire, ce qui était un très mauvais présage pour le lutin, avant qu'elle ne décide de s'approcher d'un pas vers lui. Sa voix, doucereuse, n'en contenait pas moins un message assez clair pour tous, bien qu'il fût délivré dans sa langue natale

 : 

 

-              Ässeïr ! Arïstä  vöser  ëfinloguen ! Ônes väyar  törus  ëin  pyöndir ! (.....)

 

 

Un peu vexés mais ne voulant pas affronter ses boules de feu, les deux hommes (ou plutôt l'homme et le lutin) se calmèrent, le lutin restant quand même un peu bougon.

Alachnÿ reprit donc : 

 

-              J'ai découvert ce monde au cours d'une expérience de transmutation. Vous connaissez mes goûts pour l'étrange et la loufoquerie !  Là...au milieu de nulle part, un étrange portail s'est ouvert devant moi, m'offrant l'exquise vision d'un monde vu du ciel. Si j'en crois sa topographie, il y aurait trois continents, un central, un nord et un à l'est du continent central. Le reste est recouvert de grandes étendues d'eau. Je dois pouvoir maintenir un portail dans lequel nous pourrions aisément tous passer.

 

-             Mais...euh, voyons... Alachnÿ, grand Maître de la magie ...

 

-            Voilà ! C'est ainsi qu'il est de bon ton de s'adresser à moi. Prince, vous entrebâillez toujours votre petit caquet à bon escient, très cher. Allez-y, vous avez les faveurs du plus grand Maître de la magie, ici présent.

 

-             Diantre ! Vous savez ouvrir le bal avec panache comme il se doit...ceci dit, une question s'offre à mon esprit, lequel s'engage à la distraire jusqu'à ce qu'une réponse ne se fasse annoncer.

 

-            Au lieu de tourner autour du pot, commença un Jack passablement énervé par toute cette poudre aux yeux, tu pourrais pas nous la faire plus courte ?

 

-             Oh, oui...j'y viens Jack, mais vous savez combien mes entournures se doivent de passer par la grande porte !

 

-             J'ai dans l'idée que c'est ma chaussure qui va te faire passer par l'entrée de gala et à grande vitesse en plus !

 

-             Oh. ..qu'il est drôle ! Jack vous gagnez à être connu mon cher ! Alors, je m'en allais vous dire ceci grand Maître...si vous, en tenant compte du fait que vous soyez en mesure de visualiser  le monde depuis le dessus... passiez le portail... que ce passerait-il ?  Vous choiriez et vous écraseriez au sol ? Que la peste soit de ce monde... mais nous risquons nos vie !! s'affola Prince.

 

-             Vous choiriez ? demanda le lutin d'uin air mpoqueur. Quèque tu racontes ?

 

-              Choiriez, du verbe choir, misérable petite cafard, et je ne raconte rien qui ne soit une vérité...

 

-              Criante ! ajouta Chaperon en minaudant, comme je le dis toujours.

 

-              Ma mie, je vous reconnais bien là. Toujours prête à offrir à cette assemblée, votre soutien si ...précieux. Alors, pour vous répondre, Prince, non...nous ne choirions point,  car j'ai, depuis mon incommensurable découverte, réussi à peaufiner ma technique, et je peux nous faire sortir au niveau du sol.

 

-             Mais alors...qu'attendons-nous ? conclut Chaperon les yeux brillants d'excitation.

 

-             Il faudra pour cela sortir de l'auberge, et nous entamerons notre nouvelle aventure depuis la rue, affirma le magicien avant de se lever en direction de la porte.

 

 

 

La bande une fois dehors, le magicien leur ouvrit le portail. Tous portants, plus ou moins facilement, il est vrai, leurs affaires, ils passèrent le passage qui se referma derrière celui qui l'avait fait apparaître, et bientôt, on entendit plus que la rumeur sourde des fêtards de la taverne.

 

Quand ils arrivèrent, il était quasiment midi dans cet autre univers. Sortis de nulle part, il était fort à parier qu'une telle compagnie ne passerait pas inaperçu. Ils s'écrasèrent, tel que l'avait vu Prince, sur le sol, victimes involontaires d'une erreur d'Alachnÿ, qui avait fait apparaître le sa porte deux mètres trop haut.

 

Mic Mac ne se priva pas de le lui faire remarquer et que heureusement qu'ils avaient atterris dans du sable, parce que sinon...

 

Au moment ou le mage s'apprêtait une deuxième fois à annihiler ce misérable vermisseau, Aliénor s'interposa :

 

 

-             Ça commence à bien faire, vous deux ! Nous entamons à peine une nouvelle aventure que vous trouvez le temps de vous chamailler. 

 

 

Cela suffit à calmer les deux personnages. Le silence dura deux secondes avant la remarque de Prince : 

 

 

   -     Ne trouvez-vous point qu'il fasse chaud, ici, non... Pourquoi avons nous atterris en plein désert ?

 

   -     C'est vrai cela, repris Mic Mac ? Pourquoi un désert, bon sang ? 

 

 

En effet, tous, sauf  Orlyänne, qui était un peu habituée à la chaleur des forges, étaient littéralement en train de cuire.

Jack eu l'idée de se poster en hauteur pour voir les alentours et se repérer. Une fois en haut d'une des dunes environnantes, il invita ses amis à le rejoindre. Ils grimpèrent donc tant bien que mal sur le sable et sous le soleil avant de découvrir une vue époustouflante : le désert semblait s'étendre à l'infini, ce qui affola un peu Mic Mac. Au loin, on pouvait voir une dune se déplacer d'elle même, un Rhumarahine. Plus loin encore se profilait une immense tempête, et sur leur gauche, ils apercevaient un dôme légèrement bleu. Dessous, il semblait y avoir une énorme construction.

 

Après délibération, marcher vers le dôme semblait être la meilleure des solutions envisageable. Ils commencèrent la longue et fastidieuse marche, Mic Mac et charmant répétant inlassablement  qu'ils étaient fatigués et en train de mourir.

 

Jack régla la situation par cette élégante phrase :

 

-             S'ils sont aussi morts qu'ils le disent, nous n'avons qu'à les abandonner ici.

 

 

Il aurait bien pu en être capable, et les deux lenteurs du groupe cessèrent de geindre. Le reste de la marche se passa plutôt bien, malgré les râles intempestifs de charmant, rappelant qu'aucune personne de son rang ne devrait avoir à subir cela. Mais au bout d'une heure et demie de marche environ, un tremblement secoua les aventuriers. Affolés face à cette situation inexplicable ici, à part un tremblement de terre, ils virent surgir devant eux un énorme monstre, un serpent gigantesque, argenté, ses trois paires d'yeux les regardant avec appétit, se dressant devant eux.

 

Mic Mac se demanda s'il devait d'abord courir et puis s'évanouir, ou juste s'évanouir, tout comme charmant. Chaperon s'éclipsa derrière Alachnÿ, comprenant que la bête ne serait sans doute pas un sympathique compagnon. Le mage s'éclipsa derrière, tout comme Nimïel, Orlyänne, Jack et Aliénor. Ces derniers se préparaient à livrer ce qu'ils pensaient être leur ultime combat, lorsque trois piliers de roche apparurent sous le dragon, l'assommant sous la violence des coups.

 

Alors un énorme pachyderme (du moins il ressemblait à ceux venant du mondes où vivait nos héros, mis à par sa paire de pattes et de défense en plus) sortit de derrière les dunes. La bête étant montée par un groupe de personnes sur une énorme plate-forme de bois, la bande compris vite qu'elle ne représentait nullement un danger. Un étrange personnage, vêtu d'une cape, laquelle portait un insigne tout aussi mystérieux que son propriétaire, héla la bande, leur lançant une échelle de corde, et la bulle bleue qui protégeait l'animal disparue le temps qu'ils atteignent le bas de l'échelle.

 

Une fois en haut, la bulle réapparue, et l'animal reprit son pas. Celui qui leur avait lancé l'échelle prit la parole :

 

 

   -      Mais bon sang, d'où est-ce-que vous venez ? Il faut être fou pour se balader en plein désert, sans mage et sans Béhémamoth !

   -     Quoi ? Un quoi ? demanda Nimïel

   -     Un Béhémamoth. Enfin, vous ne savez pas ce sur quoi vous êtes ? Sérieusement, d'où venez-vous pour ne pas connaître cet animal et les dangers dont recèle ce fichu désert ?

   -     Alors c'désert est dangereux ? On croyaient tous trouver, je cite  : « un monde merveilleux peuplé de biens étranges créatures, mais ceci dit fort accueillantes. » N'est-ce pas ? hurla Mic Mac, hors de lui. Ta magie est ridicule ! T'as même pas pu nous protéger face à c'corniaud d'monstre ! 

 

 

 On ne sait comment, peut être à cause du regard que leur lança Jack, Alachnÿ se retint de réduire à l'état de néant le petit, mais fort déplaisant, bonhomme vert.

Leur sauveur reprit, sans avoir l'air trop dérangé par cette altercation : 

 

 

   -     Hum...vous n'avez toujours pas répondu à ma question. D'où venez-vous ?

 

   -     D'un monde qui n'est pas atteignable physiquement, sans l'aide de la magie, cita Chaperon.

 

   -     Quoi ? lui répondit l'homme en cape.

 

   -     D'un monde parallèle, répondit Aliénor. Pouvez-vous nous dire dans quel monde nous nous situons ?

 

   -     Mais nous sommes à Alachnÿa, répliqua le mage, tout à fait tranquillement.. C'est moi qui ai découvert ce monde, je le nomme comme bon me semble.

   -     Ce monde se nomme Hoarkane. Vous vous trouvez actuellement dans le désert de ce monde, situé au centre du continent majeur. Nous sommes également dans les terres de Nodinia, et nous faisons route vers la capitale de ces terres, qui est également la capitale de la magie, j'ai nommé Naors. C'est la ville sous le dôme bleu, que l'on aperçoit au loin, leur apprit l'homme, à peine choqué par l'origine de nos héros. Ces terres sont dirigées par le roi Erelchior. Je pense vous le présenter, il sera sans doute très étonné par votre origine. 

 

 

 

Alachnÿ se montra quelque  peu vexé de n'avoir pu appeler ce monde tel qu'il l'entendait, mais il fut satisfait de savoir qu'ils se dirigeaient vers la capitale de la magie, où il pensait déjà impressionner les foules avec ses pouvoirs. Pour fêter l'événement, il alluma son calumet, dont il tira de grandes bouffées de fumée. Chaperon, elle, commença comme à son habitude, se mit à chantonner, minauder, rire et lancer des œillades à tout ce qui portait une paire de boules, ce qui l'occupa un moment, tout en demeurant près des mages, lesquels maintenaient la splendide bulle bleue. Elle fut bientôt rejointe par Prince. Mic Mac, lui, alla discrètement farfouiller pour voir s'il n'y avait pas quelques objets d'une quelconque valeur. Seuls restèrent les cinq autres, occupés à converser avec l'homme.

 

   -     Messire, rien ne me serait plus salutaire que connaitre votre patronyme afin que dans mes prochaines interventions, je puisse vous nommer tel qu'il se doit, demanda Nimïel.

   -     Mon nom est Karsar, élève grandement diplômé de l'école de magie de Naors.

   -     Eh ben ça tombe bien. On en a un avec nous ! Nota Jack.

   -     Vraiment ?

   -     Je m'demande comment vous avez fait pour ne pas le remarquer, c'est le barbu qui fume, là-bas... 

 

 

Trop heureux d'être le centre de la conversation, Alachnÿ se leva, et abreuva ses amis ainsi que le mage d'un discours à propos de sa force, sa passion pour la magie, sa grande réputation dans le monde d'où ils venaient.

 

Largement impressionné, Karsar reprit :

 

    -      Hé bien ! Si on m'avait dit un jour que j'aurais la chance de vous connaître ! Si vous êtes aussi fort que vous le prétendez, vous pourriez facilement rivaliser avec Malgranidan, le directeur de l'école de magie. Il faudra que je vous le présente, il sera ravi de rencontrer des voyageurs, et surtout un mage, venus d'un autre monde.

   -      Qu'est ce que ces bulles bleues ? demanda Orlyänne d'un air méfiant mais en offrant l'un de ses terribles sourires, signe qu'elle gardait à ses côtés une certaine méfiance.

   -     C'est ce que l'on appelle un « champ répulsif ». C'est un sort qui a été inventé il y a bien des années, et qui ne laisse passer tout ce qui n'est pas vivant. Il entoure en réalité tout le Béhémamoth, et il en va de même pour la cité de Naors. Le nombre de personnes nécessaires pour maintenir la bulle en place varie. Pour un Béhémamoth, il s'agit de cinq personnes. Pour une cité comme Naors, il en faut au moins 300. Mais comme on ne peut pas laisser 300 personnes éveillées du soir au matin et du matin au soir, on change toutes les deux heures. 

 

 

La conversation continua à propos de choses et d'autres sur ce monde et à propos de celui d'où venaient les aventuriers.

Quelques heures passèrent avant que l'équipage arrive à Naors. La bulle qui entourait la ville était en effet gigantesque, et seule une petite porte, permettant l'accès des Béhémamoth, se présentait devant nos amis.

 

Une fois celle ci passée, le convoi suivit une route qui semblait lui être dédiée, car on n'y voyait que des caravanes de marchands, allants et venants. Ils arrivèrent alors au centre névralgique de cette cité : le comptoir terrestre. Il y régnait un brouhaha époustouflant. Chaperon, Mic Mac et Charmant revinrent de leurs occupations respectives, et découvrirent ce joyeux bazar avec autant de stupéfaction que les autres. Ce comptoir était en fait une énorme place avec une seule sortie, la route qu'ils avaient empruntée. Ça et là, sur la partie gauche de la place, on pouvait voir des Béhémamoths rangés à des quais. Ces animaux étaient tatoués de la « compagnie » de marchands à laquelle ils étaient associé, et placés au quais appartenant à ladite compagnie. À droite se répétait ce même schéma, mais pour les voyageurs. Les mages descendaient ou montaient le fret ou les bagages à l'aide de leurs pouvoirs, et on pouvait voir d'autre mages vanter les mérites de leur sorts de protection, pour être pris dans des caravanes en tant que protecteurs de tel ou tel convoi.

 

L'animal de nos héros se rangea sur un quai à peine libéré, et déjà des mages commencèrent à décharger leurs effets personnels ainsi que la marchandise. Karsar les aida à descendre, et partit quelques instants. Il revint peu après, en leur apportant une bonne nouvelle : il avait envoyé un message au roi, qui était d'accord pour accorder une audience aux voyageurs.

 

Tous très enthousiastes, ils commencèrent à marcher à travers la ville, admirant les produits de ce monde, regardant les chaudes couleurs de la cité, et aussi pour acheter de quoi manger. Comme ils n'avaient pas d'argent, Karsar leur paya ce qu'ils voulaient dans une échoppe qu'ils considéraient comme étant la meilleure de la cité. Chaperon aurait bien voulu rester pour « jouer » avec les cuisiniers, mais le temps pressait.

 

Ils arrivèrent bientôt devant les portes du palais. Il était immense, et était fait d'une grande tour centrale, qui accordait une vue sur la cité entière, puis d'un bâtiment en long, qui devait être les appartements du roi.

 

Ils entrèrent, salués par les gardes qui leur firent une haie d'honneur. Les portes se refermèrent derrière eux, et un mage alluma les torches à l'aide de sa magie. L'audience allait pouvoir débuter...

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