Nuage d'histoires !







La ménagère, la soupe et le légume , Arthure Imbaut
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Summary: laVivre avec les autres m’a toujours été difficile. Déjà petite, je détestais les réunions, les fêtes de famille, les repas où l’on feint de se connaître, les soirs de fêtes, la Noël, « et cling et cling » et les verres et les sourires, et tout ce beau monde faussement épanoui ; les célébrations d’anniversaire, seule ou presque, ou pire, si quelques uns eût été de la partie, l’angoisse de l’autre, le stress, partout en eux. Autant d’années, autant de mémoires douloureuses.

Mais vivre avec toi, au début c’était simple, facile ; on n’a jamais vraiment été heureux, mais tu m’as tellement aimée, et puis…

« Je ne sers à rien », tu répètes tout le temps que je ne sers à rien. Mes parents, eux, ne le disent pas ! Ils n’ont jamais osé, ces cons, tout comme Roseline. Mais leur compassion, cette espèce de moue affective et molle, désolée si désolée lorsqu’ils daignent me regarder; leur regard de vieux basset ne trompe personne. Je n’ai jamais été enjouée ou passionnée ; je n’ai jamais démontré d’intérêt pour quoique ce soit, ni qui que ce soit d’ailleurs. Et mon goût affirmé pour les mathématiques  a poussé mes pauvres parents à m’inscrire en comptabilité.

« Je ne sers à rien ». Et je n’ai pas envie d’être comptable, pas plus que je n’ai eu - ne serait-ce qu’une fois, l’envie de te faire l’amour ou de te sucer ; je préfère me toucher, moi, seule face au miroir de la chambre, même si je ne ressens aucun plaisir. Je ne pourrais pas te regarder, vous sentir ta peau et ton odeur, faire semblant de prendre mon pied ; non je ne peux plus tu me dégoûtes. Ou alors paie-moi, au moins j’aurais quelque chose à y gagner. As-tu du liquide en poche ? Non.

Oui donc, « je ne sers à rien », et je ne cèderai pas à ton caprice de ne pas vouloir lever le couvert. Parce que tu m'épuises  à poser comme ça ton regard sur moi ; on dirait que tu es face à la mort. Pour t'enquiquiner je ne bougerai moi non plus pas les fesses de ce foutu sofa.

Si je m’écoutais je te haïrais et resterais à ton chevet. Mais je te quitte. Je t’oublie, tu disparais.

(Il meurt.)

Pas un doigt pas le bout d’une phalange qui bouge, pas un seul de ces clignement de paupières dont tes tics faciaux avaient le secret, tu ne dis rien. A en croire que c’est moi la folle, à en croire que c’est par ma faute que tout est arrivé. Si seulement tu n’avais pas fait la sottise de de penser à elle en ramonant mon antre, moi qui souffrais, si tu avais fait un effort, je n’aurais pas été obligée de te dénoncer, tu n’en serais pas là aujourd’hui, minable, sur ton canapé.

C’est un brancard à présent ce canapé, mais regarde-toi, au garde-à-vous jusqu’au dernier souffle, la vie fait parfois des miracles, estime-toi heureux Connard. Brancard/Connard - tu devais le mériter.

Si tu ne veux pas me payer-moi, je peux peut-être t’appeler une misérable? Tu me fais de la peine à ne pas pouvoir atteindre le combiné. Préfèrerais-tu que ce soit gratuit, comme avec Sylvie ?

(…)

Pars, dès que quelqu’un aura la bonté de bien vouloir te mouvoir. A bien y réfléchir, je n’ai pas envie de me donner cette peine *’autant que tu as grossi ces derniers mois. Dix kilos ? Je ne pourrai pas seule soulever la masse. J’appelle la police. Oh, quelle histoire…

Les enfants se passeront de toi. De toutes façons à quoi tu sers toi ? Tu es si bête. Tu n’aurais pas dû ingurgiter cette quantité ridicule de choses bleues  contenue dans la soupe, tu es cardiaque mon Amour.


Categories: Histoires
Characters: Aucun
Genres: Drame
Public: Aucun
Parent Series: Aucun
Stories: 0
Series Type: Fermé